Stéphane-Alain Riou, Vice-président Vente et Marketing Sinay : "le pilotage des activités industrielles via la digitalisation devient la règle et la norme"

Postée le 30/11/2018

Intervenant lors de la table ronde sur la numérisation du maritime lors des Assises de la mer de Brest aux côtés des armateurs les plus renommés come CMA-CGM ou Louis Dreyfus Armateur, Stéphane-Alain Riou, Vice-président Vente et Marketing de l'entreprise caennaise Sinay, explique pour Normandie Maritime les dessous du développement de la première solution Big Data appliquée aux activités maritimes et à l’étude du milieu marin.



Normandie Maritime : "comment une entreprise caennaise, historiquement positionnée dans les études environnementales marines et littorales en est-elle venue à développer une plateforme Big Data ?"

Stéphane-Alain Riou : "le métier historique de Sinay, ce sont les études halieutiques et l’acoustique. Lorsqu’on fait de l’acoustique sous-marine, nous manipulons des volumes extrêmement importants de données. C’est ce qui a amené nos ingénieurs à utiliser les technologies du big data pour pouvoir tirer les meilleures analyses et les meilleures prévisions possibles pour nos clients. A cette occasion, nous nous sommes rendu compte qu’il n’existait pas de plateforme Big Data dédiée au maritime. C’est pour cette raison que nous avons décider de développer ce concept qui a été validé grâce au soutien de l’ADEME et du Pôle Mer Bretagne Atlantique, mais aussi grâce à la Région Normandie et à l’Europe avec une ligne budgétaire dite Instrument PME".

NM : "de quelle manière avez-vous procédé ?"

SAR : "nous avons développé cette plateforme qui contient une partie de base de données maritime partout dans le monde, avec des millions de données utiles pour les industriels de la mer, et une partie algorithme automatique qui permet de traiter automatiquement la donnée en un temps extrêmement rapide grâce à des puissances de calcul très importantes, mais également une partie application métiers car que chaque métier à des problèmes et des besoins spécifiques. Nos ingénieurs viennent numériser, coder, mettre les bons algorithmes en place de façon à ce que les industriels puissent mieux piloter leur performance économique".


NM : "vous parler d’ingénieurs Sinay. Cela veut donc dire que cette plateforme Big Data est développée en interne ?"

SAR : "oui, tout à fait ! nous avons développé cette double compétence. Nous nous plaisons souvent à dire que nous étions une entreprise du maritime qui avait une expertise dans le numérique. En fait, aujourd’hui, nous sommes devenus une entreprise du numérique qui est spécialisée dans le maritime. Cette double compétence, nous la cultivons en interne. Nos ingénieurs plutôt maritimes se forment au Big Data et nos ingénieurs informaticiens se frottent aux problématiques du maritime. C’est ce qui fait notre force et notre différenciation dans ce domaine".

NM : "en écoutant les différents intervenants de la table ronde, on perçoit une nouvelle donnée fondamentale, celle du numérique. S’intègre-t-il dans la dynamique coût-délais-qualité et dans la vision gestion de projets de vos clients ?"

SAR : "effectivement, nous nous plaisons à dire qu’il y a trente ans, nous mettions la qualité en place dans les entreprises. Certains y sont allés rapidement d’autres y sont allés à reculons mais tout le monde y est passé ! Le numérique, c’est exactement la même chose. Le pilotage des activités industrielles via la digitalisation devient la règle et la norme. Ceux qui n’y vont pas seront obligés d’y aller, soit contraints par leurs clients, soit par leurs fournisseurs. Ce sont des éléments à prendre en considération de plus en plus tôt dans la gestion de l’entreprise".

NM: "où se situe le rôle de Sinay dans cette nouvelle contrainte ?"

SAR : "nous le voyons tous à titre individuel, nous sommes submergés de données, de data. Il y a de plus en plus de fournisseurs de capteurs automatiques. Nous mesurons tout, nous traçons tout. Mais en fait, que fait-on de ces données ? C’est ce que fait Sinay. Nous prenons ces données pour en tirer la valeur importante pour l’entreprise, soit pour l’optimisation ou l’amélioration des process, soit pour des réductions de coûts ou du meilleur traçage. C’est un incontournable et c’est d’ailleurs pour cela que nous nous sommes lancés sur ce créneau".

NM : "le croisement du numérique et le maritime est-il porteur d'avenir ?"

SAR : "les activités maritimes ont de beaux jours devant elles et le numérique est en pleine croissance. Donc, lorsqu’on associe les deux, nous sommes sur un marché en croissance et c’est donc ce marché que nous attaquons depuis Caen, avec les entreprises et les centres de recherches normands, et au niveau national pour attaquer des marchés à l’export".

NM : "actuellement, Yanis Souami, fondateur et dirigeant de Sinay est aux Etats-Unis pour encore quelques semaines afin de se positionner à l’export. De son côté, le marché français a-t-il déjà montré son intérêt pour cette plateforme ?"

SAR : "le marché français des industries de la mer est un marché en développement. Nous sommes encore, pour certains secteurs économiques, dans la pédagogie, c’est-à-dire expliquer ce qu’est la numérisation de l’économie, la digitalisation et le Big Data. Nous sommes en phase d’une acculturation de nos clients. D’autres clients qui sont déjà partis, comme le Port du Havre avec son projet Smart Port City, ou Ports Normands Associés avec qui nous travaillons depuis plusieurs années sur de l’acoustique automatisé et sur la mise en alerte par rapport à des travaux menés. Donc en fait, le marché français se développe mais nous le savons tous, le maritime à la particularité d’être très vite sur l’export. En France, nous avons une vingtaine de ports intéressants mais au-delà, lorsqu’on s’attaque au portuaire, il fait aller à l’export. Nous nous appuyions sur les compétences normandes pour montrer la compétence et l’expertise de la plateforme. Puis nous allons la vendre à l’export et en particulier en Amérique du Nord et aux USA".

NM : "pour pouvoir se différencier de la concurrence, Sinay s’est définitivement positionné sur une stratégie de circonstance puisqu’il s’agit de la stratégie Océan Bleu. C’est bien la dynamique qui a été impulsée par Sinay ?"

SAR : "on constate que même dans nos métiers historiques, les études halieutiques, les observations scientifiques maritimes en mer ou les études que nous menions en bureau d’études sont en train de changer. Il y a une digitalisation complète de la société et des entreprises. Si nous ne prenons pas ce virage, pour nous même et pour nos clients, nous serons rattrapés, dépassés et nous n’existerons plus. Nous passons donc nos métiers en mode digital, nous créons une plateforme, de nouveaux produits. Pour l’avoir vécu nous-même, c’est plus facile à vendre auprès de nos clients car nous avons cette expérience pour nous et nous pouvons leur montrer le chemin à prendre pour améliorer leurs performances grâce au digital".

NM : "lorsqu’on commence à être le leader sur un marché, comment garde-t-on un avantage concurrentiel ? Le deuxième coup de Sinay est-il déjà en préparation ?"

SAR : "le deuxième et le troisième coup de Sinay sont déjà en préparation. Bien évidemment, il y a des nouveaux entrants tous les jours parce que le numérique c’est également ça. C’est une économie très rapide. Nous sommes persuadés que les marins parlent aux marins, donc nous voulons garder cette double compétence numérique et maritime. C’est qui nous rend crédible vis-à-vis de nos clients français et étrangers. Et en effet, nous préparons déjà de futurs produits pour de nouveaux secteurs. Le marché est immense et nous nous appuyions sur les compétences internes, sur un éco système d’entreprises. C’est pour cela que Normandie Maritime est important et que nous nous y impliquons. Il y a également un réseau d’universitaires et de centres de recherche qui vont nous permettre de créer de nouveaux algorithmes qui seront utiles pour nos clients de demain".

Propos recueillis par Delphine Lefrançois.

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