NAVAL - Des écosystèmes locaux se sont créés pour être agile et gagner en visibilité
Le Marin - 18 décembre 2025
Le secteur de la réparation navale en France s'est profondément structuré au cours des dernières années autour d'écosystèmes locaux capables de gagner en agilité et en visibilité. Comme l'explique Marie-Christine Méchet, déléguée générale adjointe du Gican, cette organisation répond à un enjeu stratégique majeur : « on parle de flotte stratégique, mais il faut aussi avoir les compétences pour la réparer, c'est un enjeu de souveraineté ».
Selon les derniers chiffres consolidés en 2023, la réparation et le maintien en condition opérationnelle représentent près de 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires en France, dont environ 75 % relèvent du MCO, 15 % de la réparation navale civile et 10 % de la maintenance de mégayachts.
Le secteur repose sur un tissu industriel dense, composé de grands groupes mais aussi d'un grand nombre de PME spécialisées.
Environ 8 000 emplois sont directement dédiés à la réparation navale, dont plus de la moitié au sein de Naval Group pour l'entretien des navires militaires. Cette diversité d'acteurs s'est organisée progressivement en réseaux territoriaux, notamment à Brest, à Marseille ou encore en Normandie, afin de répondre plus efficacement aux besoins des armateurs. À côté des grands chantiers, « des écosystèmes locaux se sont créés », rassemblant chaudronnerie, mécanique, électricité, tuyauterie ou peinture, des compétences indispensables mais souvent difficiles à quantifier.
Contrairement à la construction navale, la réparation se caractérise par un fort ancrage de proximité. Les navires doivent être immobilisés le moins longtemps possible, ce qui favorise les chantiers capables d'intervenir rapidement et de coordonner plusieurs corps de métier. Les petits et moyens chantiers jouent ici un rôle clé, en complément des grands sites, dans une logique de maillage territorial. Cette organisation permet aussi d'amortir les déséquilibres de concurrence, notamment face à des chantiers étrangers bénéficiant d'infrastructures portuaires parfois plus adaptées.
La montée en puissance des exigences environnementales transforme également le métier. Les réparateurs sont désormais appelés à intervenir sur des technologies nouvelles liées à la transition énergétique, ce qui suppose des investissements importants et une montée en compétences continue. « Les grandes transformations des navires passent par des choix technologiques complexes », et les chantiers doivent être en mesure d'accompagner les armateurs dans ces arbitrages.
Dans ce contexte, la visibilité internationale devient un enjeu central. La structuration en écosystèmes permet aux acteurs français de mieux se positionner face à la concurrence, tout en renforçant la résilience industrielle nationale. La réparation navale apparaît ainsi non seulement comme une activité économique, mais comme un pilier stratégique de la souveraineté maritime française.
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Perspectives plutôt favorables pour la réparation des navires
Le Marin - 18 décembre 2025
[…] La réparation navale bénéficie actuellement de perspectives globalement favorables, portées par la croissance continue de la flotte mondiale, son vieillissement et les exigences croissantes en matière de performance énergétique. Comme le rappelle l'article, « plus la flotte de commerce croît, plus les besoins d'entretien augmentent », et plus elle se modernise, plus les compétences nécessaires aux chantiers se diversifient. En 2024, la flotte mondiale dépassait ainsi les 106 000 navires, dont 68 000 unités de transport, un socle solide pour l'activité de réparation.
Les arrêts techniques réglementaires constituent le principal moteur du marché. Obligatoires tous les cinq ans pour les inspections de classe, ils sont aussi l'occasion pour les armateurs de concentrer les travaux lourds. Selon Clarksons, plus de 13 000 navires de plus de 2 000 UMS ont déjà fréquenté des chantiers entre janvier et août 2025, soit une hausse de 7 % sur un an, et ce chiffre pourrait atteindre 18 700 unités sur l'ensemble de l'année, dont 11 800 pour des arrêts réglementaires. Le courtier anticipe même « un pic en 2026 et 2027 avec plus de 12 000 navires par an », lié à la pyramide des âges de la flotte mondiale.
Un second vivier, plus qualitatif, concerne les travaux liés à l'amélioration énergétique. Si les technologies désormais matures, comme les scrubbers ou les systèmes de traitement des eaux de ballast, sont en net recul, la transition se fait vers des solutions plus complexes : modification de bulbes d'étrave, remplacement de propulseurs ou conversions de moteurs. Ces travaux ont concerné 540 navires en 2024 et déjà 360 sur les huit premiers mois de 2025. Encore marginales, les conversions vers des carburants alternatifs et l'installation de systèmes de capture du CO2 « commencent à percer », avec une cinquantaine de navires concernés depuis le début de l'année, notamment après les conversions réussies de grands porte-conteneurs au méthanol.
Sur le plan géographique, l'Asie domine largement le marché, la Chine concentrant à elle seule 45 % des arrêts recensés en 2025. L'Europe conserve néanmoins une place stratégique, en particulier pour les navires à forte valeur ajoutée. Elle capte ainsi 70 % des arrêts techniques de paquebots, grâce à des chantiers spécialisés en Espagne, en France ou aux Pays-Bas. Dans ce paysage, la Turquie s'affirme comme un acteur majeur : déjà numéro un en Europe, elle renforce encore ses capacités, notamment avec l'extension du chantier Besiktas, devenu « un concurrent sérieux pour Brest et Marseille ».