DRONE - Les drones, un bouleversement dans la manière d'acquérir de l'armement

Postée le 05/01/2026

Le Marin - 11 décembre 2025

[…] La montée en puissance des drones transforme profondément les pratiques militaires et impose une révision complète des modes d'action, en particulier dans le domaine naval. Pour le chef d'état-major de la Marine nationale, l'amiral Nicolas Vaujour, la ligne directrice est désormais claire : « Il faut droniser tout ce qui est possible et maintenir piloté ce qui est nécessaire ».

Cette évolution s'inscrit dans un contexte géopolitique tendu, marqué par la guerre hybride, la menace russe et la multiplication d'actions indirectes, notamment en mer.

L'arraisonnement, fin septembre, du pétrolier Boracay au large de Saint-Nazaire illustre cette nouvelle approche. Soupçonné d'appartenir à la "flotte fantôme" russe, le navire a été intercepté à la suite d'un refus d'obtempérer lors d'un contrôle en eaux internationales. Cette opération, autorisée par la convention de Montego Bay, avait une portée stratégique : « Le message adressé à la Russie était : nous sommes capables d'intervenir sur ce genre de bateaux ». Il ne s'agissait pas de répondre directement à des menaces de drones, mais de montrer que la France dispose d'une palette de réponses graduées et ciblées, capables d'agir sur les fragilités adverses sans escalade directe.

La dronisation s'impose également comme un levier majeur d'innovation opérationnelle. Les exercices Repmus, organisés par l'Otan, et Wildfire, conduits par la Marine nationale, jouent un rôle central dans cette dynamique. Ils permettent de confronter les industriels à des menaces réelles et d'évaluer l'efficacité de systèmes variés, qu'il s'agisse de drones, de brouilleurs, de canons ou de missiles. Lors d'un exercice récent, « 80 systèmes de drones sont venus attaquer ou défendre nos bateaux », révélant parfois des performances inattendues. Un système de brouillage, particulièrement efficace, a ainsi été rapidement intégré en opération, avant d'être commandé. Cette logique impose un changement profond de méthode : « Nous ne sommes plus dans un modèle de stock, mais dans un modèle de flux. C'est un vrai changement de philosophie ».

Cette accélération technologique s'accompagne néanmoins de défis capacitaires. La Marine doit gérer les "biseaux", c'est-à-dire le passage délicat entre anciens et nouveaux systèmes, notamment dans la guerre des mines, où les chasseurs traditionnels laissent progressivement place à des dispositifs entièrement dronisés. Ce pari technologique, engagé il y a une décennie, est aujourd'hui en passe d'aboutir, avec les premiers systèmes livrés et testés en conditions quasi autonomes.

Enfin, la dronisation s'inscrit dans un spectre plus large de missions, comme la lutte contre le narcotrafic, où les saisies atteignent des niveaux records. Si ces résultats traduisent une amélioration des capacités d'action, ils témoignent aussi de l'ampleur du phénomène, avec des flux massifs et diversifiés. Dans ce contexte, la dronisation apparaît moins comme une option que comme une nécessité durable, appelée à redéfinir en profondeur la manière de surveiller, dissuader et agir en mer.

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