DECARBONNATION - Réduire l'enveloppe serait une erreur stratégique : la décarbonation des ports face aux lourds défis du financement

Postée le 28/01/2026

Les Echos - 6 janvier 2026

[…] La décarbonation des ports français est engagée, mais son financement suscite de fortes inquiétudes alors que les débats budgétaires reprennent à l'Assemblée nationale. À l'horizon 2050, le secteur maritime devra réduire drastiquement ses émissions de gaz à effet de serre, ce qui implique des investissements massifs, dès la prochaine décennie. La seule électrification des quais, exigée pour les escales des navires de commerce et de croisière à partir de 2030, est estimée à près d'un milliard d'euros.

Une partie de ces financements repose sur une enveloppe de 90 millions d'euros, aujourd'hui menacée dans le cadre du projet de loi de finances 2026. Les fédérations Armateurs de France, le Groupement des industries de construction et activités navales (Gican) et l'Union des ports de France alertent sur les conséquences d'une éventuelle réduction.

 

« Réduire cette enveloppe serait une erreur stratégique », estiment-elles, soulignant qu'un tel choix risquerait de ralentir, voire d'interrompre, des projets immédiatement opérationnels et de décourager les investissements privés, en contradiction avec les ambitions de réindustrialisation et de transition écologique.

Le gouvernement avait pourtant prévu d'affecter une partie des recettes issues du système d'échange de quotas d'émission de CO₂ (ETS) au financement de la décarbonation du secteur maritime. Près de 200 projets seraient prêts à démarrer dès 2026, selon les organisations professionnelles. Le coût global de la transition est considérable : les investissements nécessaires pour réduire les émissions du secteur maritime et portuaire sont évalués entre 75 et 110 milliards d'euros d'ici à 2050.

Sur le terrain, armateurs, industriels et autorités portuaires ont déjà engagé de nombreuses actions : branchement électrique des navires à quai, électrification des outils de manutention, réduction des émissions industrielles sur les zones portuaires, ou encore développement du transport multimodal. Ces efforts répondent à un enjeu à la fois environnemental et stratégique. « C'est un véritable enjeu national », souligne l'Union des ports de France, qui y voit aussi une condition de la reconquête de la souveraineté industrielle et maritime.

Comparée aux grands ports européens, la France accuse encore un retard en matière d'infrastructures, de trafic et d'innovation. Toutefois, la dynamique est jugée positive, avec de nombreux projets concrets liés à l'hydrogène, aux biocarburants et à l'électrification. L'État a d'ailleurs lancé dès 2023 le dispositif des zones industrielles bas carbone, ciblant en priorité les grands complexes industrialo-portuaires comme Dunkerque, Fos-sur-Mer et Le Havre.

Le calendrier reste toutefois contraint. À l'horizon 2030, l'ensemble des ports concernés devra être équipé de quais électrifiés, tandis que l'arrivée annoncée de ferries 100 % électriques impose la création d'infrastructures de recharge inédites. Les prochaines décisions budgétaires seront donc déterminantes pour maintenir la trajectoire de décarbonation et éviter un décrochage durable des ports français dans la compétition européenne.

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